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L'édition du livre en Tunisie : De l'Etat éditeur à l’Etat gestionnaire

ARTICLE PUBLIE DANS LA REVUE TUNISIENNE DE COMMUNICATION

 
 Jamel ZRAN

Maître assistant - Université de Bahrain
 

 

 

En Tunisie l’Etat post-colonial  a pris en charge la création d’une importante structure d’édition. En ce temps là, le métier d’éditeur était difficile à exercer car il n’existait aucune infrastructure et l’édition, la lecture publique, l’université n'en étaient qu'à leurs débuts. Des institutions de l’Etat ont été les premières à instaurer une activité éditoriale. Ces structures géantes ne laissaient à l’édition privée que peu de possibilités d’évoluer.[1] Mais vers les années 90, l'Etat tunisien va abandonner son rôle d'éditeur-producteur pour se limiter uniquement à la gestion de l'édition par une série d'institutions et de mesures.

                Pour gérer le secteur du livre et de l'édition, l’Etat tunisien a mis en place un groupe d’organismes, de sociétés et d’institutions. Ces organismes se partagent les tâches les plus sensibles pour le développement de l'édition tunisienne. Il est à signaler que ces derniers sont rattachés au ministère des Affaires culturelles et ont pour mission de surmonter les problèmes qui se posent au livre tunisien. Ils veillent sur la production, la diffusion et la législation . De même, la plupart de ces sociétés, institutions et conseils essayent de regrouper tous les professionnels et toutes les compétences dans le domaine de l'édition. Tous les organes regroupés assurent la promotion et le développement de l'édition et collaborent en vue d un meilleur devenir du livre culturel tunisien.

 

Il était une fois l'Etat-éditeur

 

L’avènement de l’Etat éditeur est l’une des caractéristiques du système éditorial tunisien[2]. Pendant les premières années d’indépendance politique, la Tunisie avait pour objectif de créer le plus rapidement possible, les assises de la décolonisation culturelle et d’instaurer la culture nationale d’un Etat moderne et socialiste. L’édition est considérée, dès le début, et surtout entre les années 60 et 70, comme une structure au service de la massification de la culture et de l’enseignement et pas seulement une entreprise à vocation culturelle et commerciale.

L’édition, pendant les premières années de l’indépendance, a été essentiellement scolaire. La première institution éditoriale créée en Tunisie, en 1958, était l’Office pédagogique. Avant cette date, il existait des maisons d’édition privées héritées du protectorat, gérées par des Français, à l’exemple de l’imprimerie La Rapide, née en 1886 d’une association entre le maître imprimeur et poète Louis Nicolas ainsi que le journaliste Edmond Lecore[3], ou encore l’Imprimerie officielle et la librairie privée Ennajâh. L’Office Pédagogique a géré la quasi-totalité de la production scolaire qui concernait surtout les manuels de lecture en arabe et en français, l’histoire et la géographie.[4]

 A la fois " machine à lire " et produit de consommation, le livre, création intellectuelle par excellence, dépend au cours des différentes phases de sa vie (production, distribution et diffusion) des orientations et de l’organisation politique, économique, sociale et culturelle de la société tunisienne indépendante. Après s’être occupé de l’école, l’Etat tunisien s’intéressera à l’édition intellectuelle avec la création de la Société Nationale d’Edition et de Diffusion (SNED) en 1958, remplacée en 1964 par la STD. A côté de cette institution spécialisée dans la diffusion, deux autres sociétés publiques ont été créées : La Maison Tunisienne d'Edition (MTE) en 1966 et la Maison Arabe du Livre en 1974. La STD et la MTE ont été soumises à la liquidation au début des années 90[5]. Un Conseil national pour l'édition existe depuis 1979. A titre d’exemple, le secteur public a, lui seul, produit de 1956 à 1987 plus de 70 % des livres publiés. Un Conseil supérieur de la culture a vu le jour en 1982 et une Fondation Nationale pour la Traduction est née la même année. D'un Etat-éditeur, l'Etat tunisien, et à partir de la mise en œuvre du plan d'ajustement structurel en 1986, s'est orienté vers un rôle limité au contrôle et à la gestion du livre tunisien. Il s'est contenté en effet, d'un acteur-gestionnaire. La production est laissée aux mains du secteur  privé qui assure à lui seul au début de ce siècle plus de 80% de la production du livre culturel. Ce même taux a été assuré au cours de années 70 et 80, rappelons-le, par la secteur étatique.

 C’est à la suite de la disparition du monopole de l’édition étatique[6] et à trois conseils ministériels restreints[7] sur le livre que, le ministère de la Culture a décidé de mettre en place une série de mesures visant à encourager la production et l’édition du livre[8]. Aujourd’hui, l’Etat tunisien n’est plus un producteur de livres, à l’exception de la Maison Arabe du Livre, qui est une société mixte tuniso-libyenne. Mais sa présence reste importante dans la structure éditoriale actuelle. L’Etat intervient dans le but de trouver les assises qui garantissent son image de contrôleur et de gestionnaire face au rayonnement du secteur privé.

 Il encourage occasionnellement les institutions qui lui appartiennent et qui participent à l’édition du livre scientifique, d’études et de recherches. C’est l’exemple des institutions de recherches comme le CERES[9], la Fondation Nationale-Carthage, la Bibliothèque Nationale et les universités tunisiennes qui bénéficient, pour leurs projets d’édition d’un budget du ministère de l’Enseignement supérieur[10]. L’intervention du ministère de la Culture, par l’intermédiaire de la Direction des Lettres, touche en premier lieu la compensation du papier, les acquisitions, la recommandation à l’édition et également les prix d’encouragement de l’État à la production littéraire et scientifique. Pour toutes ces activités -toutes catégories confondues- la Direction des Lettres[11]a dépensé en dix ans plus de sept milliards de dinars.[12]

 

L'Etat-gestionnaire : L’aide de l’Etat au livre culturel

 

L’examen du fonctionnement actuel de la Direction des Lettres peut permettre d’évaluer une possible rupture dans les pratiques administratives de distribution d’aides depuis les années 90. Le principe de l’aide accordée, sous forme de subventions, à des projets éditoriaux présentés par les éditeurs, s’exerce toujours au sein de commissions spécialisées qui se réunissent deux à trois fois par an, leurs décisions se faisant sur la base des rapports présentés par des membres de la commission désignés comme rapporteurs. Les domaines qui peuvent bénéficier de subventions sont les publications d’actes de colloques, les grands projets éditoriaux et les ouvrages considérés par la Direction des Lettres comme fondamentaux[13].

De manière plus détaillée et dans le tableau I qui regroupe d’une manière plus générale les différentes aides de l’État au livre culturel durant plus de dix ans[14], on peut noter une forte progression des aides avancées aux éditeurs. L’achat du livre représente au niveau des dépenses de la Direction des lettres une première priorité, avec plus de trois milliards en dix ans. En second, viennent l’aide ou la recommandation à l’édition qui, entre 1987 et 1997, ont été de un milliard et demi de dinars. On remarque que la Direction des Lettres accorde un montant faible aux prix d’encouragement. En dix ans, 71 .000 dinars ont été accordés avec un montant de 10.000 dinars pour la littérature de jeunes auteurs et 13.000 dinars pour le prix du 7 novembre[15].

 Pou ce qui est de la période 1999-2001 une forte progression est à signaler surtout pour l`achat du livre ainsi que la subvention du papier, on peut dire simplement que le montant a doubler et ceci est relatif a l’augmentation du budget du ministère de la culture qui dans le dernier plan de développement doit avoisiner le 1% du budget de l’Etat . Pendant cette période et précisément l’année 2001 et jusqu’au le moi d ‘octobre 668 titres ont été publies dont 385 pour enfant et 390 titres ont été acquis avec un montant de 650 milles dinars avec 114 titres prévus pour la même période avec un montant de 200 milles dinard. Dans la rubrique subvention du papier et le remboursement de la TVA 400 milles dinars ont été dépenses pour l’année 2001 touchant 791 titres de 18 maisons d’édition.

 

Tableau I : encouragement de l'état aux lettres et à l'édition 1987-1997[16]

 

Rubriques

Montant en DT

Années

Achat du livre culturel tunisien

3.163.778.D127

1987-1997

Achat de revues tunisiennes

1.050.421.D582

1990-1997

Aide à la publication

1.615.721.D240

1987-1997

Subvention du papier (livres)

1.148.584.D516

1987-1997

Subvention du papier (revues)

150.043.D065

1994-1997

Foires à l'étranger

150.000D

1987-1997

Prix d'encouragement

  71.000D

1987-1997

Prix littérature des jeunes

10.000D

1993-1997

Prix 7 novembre

13.000D

1993-1997

Total

7.372.548.D530

1987-1997

                     

Tableau II : encouragement de l'état aux lettres et à l'édition 1999-2001

 

Rubriques

 

Années

 

 

1999

2000

2001

Achat du livre culturel tunisien

400.000 d

510.000 d

600.000 d

Achat de revues tunisiennes

167.000 d

200.000 d

250.000 d

Aide à la publication

*

*

250.000 d

Subvention du papier (livres)

300.000 d

360.000 d

400.000 d

Total

867.000d

1070.000d

1500.000 d

 

La " compensation " du papier : une subvention

 

  Pour qu’un éditeur soit compensé en papier, le ministère a fixé des conditions : être éditeur enregistré au registre de commerce et présenter à la fin du mois d’août le programme annuel d’édition, subdivisé en programmes trimestriels mentionnant :

·   Le titre de l’ouvrage et le nom de l’auteur.

·   Le nombre de pages et le format du livre.

·   Le tirage.

·   La qualité du papier demandé.

  S’il s’agit d’une nouvelle édition ou réimpression, l’éditeur recevra en lots séparés la quantité de papier qui lui est réservée. Chaque lot ne peut dépasser la quantité de papier nécessaire à l’impression de cinq titres à la fois et ne peut être déb